Avez-vous déjà porté attention à la forme des réponses que vous apportez aux questions banales du quotidien ou aux propos que vous formulez dans vos notes professionnelles ?
La forme négative vous est-elle familière pour exprimer vos sentiments, vos actes ou vos idées ?
« Je ne suis pas en forme ce matin…
« Je n’ai pas bien dormi cette nuit…
« Je ne suis pas passionnée par cette émission, ce livre, cet article…
« Je n’ai pas terminé ce dossier…
« Je n’ai pas lu ton mail…
« Je n’ai pas réussi à clarifier ce point…
« Je ne suis pas d’accord avec cette stratégie, cette décision…
« Je ne partage pas ton point de vue…
« Je n’ai pas le temps de …
« Je n’aime pas ton costume…
« Je n’apprécie pas ce plat…
« Je n’ai pas… Je ne suis pas… Je ne partage pas … Je n’aime pas… »
Utiliser la forme négative, c’est exprimer ce qui n’est pas, ce qui manque, comme un creux, une faille, un vide, un gouffre, un abysse, … qui pourrait être aussi un abri, une tanière, une grotte,
une caverne, un repli …
Utiliser la forme négative, serait-ce donc une forme d’évitement, de zapping, de raccourci, de facilité, de solution de paresse au regard de l’effort que représenterait une forme
affirmative ? Affirmation de ce qui est déjà là, de ce que j’ai déjà, de ce que je suis au présent, de ce que j’aime, de ce que je partage, de ce que j’ai déjà fait ou réussi, de ce que
j’apprécie en ce moment…
Forme affirmative à ne pas confondre avec la forme positive !
Où « Je ne suis pas en forme ce matin » se traduirait en « Je suis en forme ce matin » !
La forme affirmative exige de l’attention, de l’application, de la délicatesse, du soin, un peu de zèle et de la diligence dans le choix du mot qui me définit, me reflète, me qualifie…
« Je suis un peu raide ce matin », « J’ai dormi cinq heures cette nuit », « J’ai écrit la moitié de cet article », « J’ai déjà rédigé trois pages »,
« J’ai entendu ou je comprends tes arguments : les miens sont les suivants… », « Je préfère ton costume bleu », « J’ai déjà trois réunions. Mon emploi du temps est
complet ce matin. Que pourrais-tu proposer d’autre ? » …
La forme affirmative est celle que choisit la voie du désir, celle qui construit pas à pas, qui cherche la justesse, qui donne du goût à l’existence, du sens et de l’ambition à nos choix…
Elle procure une grande satisfaction et c’est celle qu’apprécie notre corps et notre cerveau !
Qui suis-je finalement ?
J’ai choisi pour l’illustrer un extrait du dernier livre d’Edgar Morin « Les souvenirs viennent à moi » : « …Je suis un Tout pour moi, tout en n’étant quasi rien pour le Tout.
Je suis un humain parmi huit milliards, je suis un individu singulier et quelconque, différent et semblable aux autres. Je suis le produit d’évènements et de rencontres improbables, aléatoires,
ambivalentes, surprenantes, inattendues. Et en même temps, je suis Moi, individu concret, doté d’une machine hypercomplexe auto-éco-organisatrice qu’est mon organisme, machine non triviale,
capable de répondre à l’inattendu et de créer de l’inattendu. Le cerveau donne à chacun l’esprit et l’âme invisibles au neuroscientifique qui analyse le cerveau, mais émergeant en chaque humain
dans sa relation avec autrui et avec le monde. »
Maïté Pecqueur
Psycho praticienne et co-autrice du livre « La vie secrète des émotions »
Qui ne rêve de devenir plus indépendant du regard des autres, des reproches de son conjoint, des attentes de son manager, du contexte social ou de l’influence de la mode ? Qui ne rêve de devenir enfin « lui-même », totalement à l’origine de ses choix et de ses actions ? Qui ne rêve de se libérer d’être trop dépendant affectif ?
Mais ce rêve que nous partageons tous aboutit à bien des frustrations. Pire, plus nous cherchons à contrôler notre vie, plus elle échappe, plus le stress augmente… et plus nous nous en voulons de
rester dépendants, malgré notre volonté et nos efforts pour résister à cette tendance.
Alors plutôt que nous maudire, nous culpabiliser ou en vouloir aux autres et aux circonstances, nous pouvons nous tourner vers le fonctionnement à l’origine de la dépendance elle-même.
De la dépendance, de l’attachement à nos habitudes comme de nos addictions elles-mêmes ! Avant de voir là des effets de la psychologie, c’est à la biologie que nous devons le phénomène de
dépendance !
La logique émotionnelle décrit comment se manifeste la nécessité biologique de la dépendance. Elle modélise ainsi le lien corps esprit, le passage d’une logique corporelle de survie à une logique
socio-culturelle de vie dans le temps. Le phénomène de dépendance prend ainsi racine, non simplement parce que nous sommes des êtres sociaux, mais du fait de la nécessité de la vie : celle
du corps et en miroir, celle de la culture répondent au principe de conservation et d’évolution, principe qui débute dans la recherche homéostasique de tout corps vivant. C’est là que nous
pouvons trouver les clés, non pour nous libérer -voire nous débarrasser- de nos dépendances, affective ou matérielle, mais pour agir en connaissances de ces causes existentielles qui régissent
nos existences.
Nous avons bien du mal à admettre être à ce point redevable de notre nature physique, si convaincus que seule notre nature psychique et raisonnante guide nos comportements et nos ressentis.
Quitte à ne s’intéresser aux découvertes des neurosciences que du seul point de vue intellectuel, comme si le sapiens était d’une nature différente des autres êtres vivants. Une erreur que nous
payons de plus en plus cher.
Alors oui, nous sommes des êtres d’habitudes, de dépendance et d’addictions. Quel qu’en soit le prix, elles nous définissent et nous enferment. Et si la liberté commençait dans cette connaissance
comme une invitation à regarder avec admiration et humour cette merveilleuse citadelle intérieure en résonance avec un contexte en perpétuelle évolution?
Catherine Aimelet Périssol
Où il est question de cerveau « reptilien », une fable LE :
Professeur Croco, j’ai lu sur Internet que nous, mammifères, avions un cerveau reptilien. Est-ce un fait avéré ?
Et bien chère Mangouste, baille longuement l’éméritus, qui venait de déjeuner d’une petite gazelle, il nous faut chercher très loin dans le temps un ancêtre à nous deux commun. Plus de 300
millions d’années. Il ressemblait à un petit lézard. Son organisation cérébrale est depuis longtemps oubliée. Son cerveau devait être plus simple, un peu comme celui d’un amphibien d’aujourd’hui.
Il faut une grande imagination pour dire que nos cerveaux se sont développés en couches successives et que cet ancêtre commun nous a légué son organisation cérébrale dans les profondeurs de la
nôtre!
Pourtant professeur, beaucoup, et notamment chez ce grand arrogant de Sapiens, disent qu’il existerait une partie de leur cerveau qui serait essentiellement viscérale et ils l’appellent
volontiers le cerveau « reptilien ».
Sapiens ! marmonne le Saurien en ouvrant un œil, au milieu de sa sieste postprandiale au soleil, et bien Mangouste, sais-tu que jusqu’il y a encore peu il se disait être l’espèce élue et que
son cerveau était plus moderne que celui des autres animaux actuels, et bien entendu que celui des reptiles qu’il considère primitifs ? Or il a fini par se rendre compte de ce que la
biologie nous a conduit à des évolutions parallèles. Chacun s’est adapté à l’environnement dans lequel il vit. Nous crocodiles possédons d’ailleurs aussi un Cortex. Sapiens l’a interprété comme
étant l’analogue de son Striatum(1) avant de corriger son erreur.
Le fait avéré murmure encore Croco toujours un peu somnolent, c’est que nous partageons avec l’ensemble du monde animal la capacité de réagir par des automatismes au moment présent. Puis, pour
nous adapter, nous mémorisons les comportements dont l’expérience répond à nos besoins. Enfin nous nous projetons en anticipation d’un futur probable.
Mais alors Professeur, comment expliquez-vous qu’autant d’humains se disent avoir un cerveau reptilien ?
Ah Mangouste ! Mon ami Lionel (2) me parlait justement de Sapiens il y a quelques jours. Il me disait que chaque humain est structuré pour donner nom et sens à ce qu’il observe quitte à
réduire ses observations à ce qui l’intéresse. Quand quelque chose lui échappe, il invente inconsciemment ce qui lui manque à partir de ce qu’il reconnaît. Puis il prend conscience de la
représentation qui en résulte. Ensuite il croit fermement avoir tout perçu et tout compris. Du moins tant que la réalité le prive d’un démenti catégorique.
Selon moi, continue Croco, cela conduit Sapiens à qualifier de reptilien la vitalité ontologique même qui l’anime. Il la mécomprend, et il aimerait en éviter les manifestations, les maîtriser ou
s’en couper. Comme s’il voulait se débarrasser de sa condition animale ! Par désir de cohérence, il fait comme s’il pouvait attribuer ses mécanismes homéostasiques à quelque chose qu’il peut
nommer, qu’il voit vivre autour de lui dans les marigots, qu’il considère comme primaire. Ironie de l’histoire, pour avoir d’avantage de vie, il en vient à déconsidérer les mécanismes même
d’incarnation de sa vitalité. Il préfère vivre dans la cohérence de ses interprétations plutôt que dans une ouverture attentive à ce qui lui arrive, à observer le monde, pour progresser dans ses
connaissances.
Oh oui Professeur, c’est vrai qu’il est beaucoup plus facile de se laisser aller à interpréter que de se concentrer sur son expérience de vie et ce qui se produit. Quelle chance nous
avons d’étudier avec vous les réalités biologiques de la nature. Moi j’ai du mal à comprendre Sapiens. Pourquoi alors qu’il est bien plus gros que moi, a-t-il peur des serpents ? Moi, j’aime
bien les serpents.
Le docte savant bouge un peu la queue et, ouvrant son deuxième œil, se réveille tout à fait.
Mangouste, tu es une étudiante brillante et tu as bien compris que si tu te débarrasses de tous les serpents, tu seras privée de l’excitation de les chasser, et du goût de leur chair. Observer la
biologie et mieux la connaître te permettent d’accéder à l’intelligence et à la sagesse de 4 milliards d’années de vie et d’évolution. Une connaissance que tu peux mettre à profit pour te
comporter en animal responsable, plutôt que de répéter tes automatismes, instinctifs ou appris. Une école d’humilité aussi, puisque si aiguisés que soient nos cerveaux, ce que nous ignorons est
incommensurablement plus vaste que ce que nous connaissons. L’univers est une source infinie de nouveau. Au moins en y étant attentif, et même si le sens que nous donnons à la vie devient plus
incertain, nous pouvons ainsi prétendre disposer d’un remède à l’ennui.
Sur ce et sans un mot, le Saurien se glisse dans l’eau du marigot, et s’en va se rafraichir les idées.
Olivier Vidal
(1) En neuroanatomie, le striatum est une structure nerveuse sous-corticale. Il est impliqué dans le mouvement volontaire, les comportements appétifs ou aversifs, la gestion de la douleur (via
le système dopaminergique) et la cicatrisation voire la régénérescence de certains tissus cérébraux. Source Wikipédia.
(2) Lionel Naccache ICM (institut cerveau et moelle épinière ) auteur du livre « Le Cinéma Intérieur » Odile Jacob octobre 2020
Décidément, l’actualité Covid nous donne à voir combien nos automatismes et nos habitudes sont à l’œuvre en toutes circonstances. Chacun s’adapte au présent avec les polarités
conservation-croissance. Certains des bien portants, au nom d’avoir toujours de la sûreté évitent les contacts, quand d’autres, au nom d’avoir toujours de la liberté entendent poursuivre leur vie
comme d’habitude. Tout changement d’environnement nous interroge sur nos habitudes et révèle le processus émotionnel.
Survigilance, déni, révolte, dépression… telle est la façon défensive des uns et des autres de s’adapter au contexte présent. Que suis-je si… Qui suis-je si… Quel sens a ma vie si… ?
Ce Clin d’œil sera plus long que d’ordinaire puisque nous avons opté de faire paraitre un morceau choisi du témoignage préparé pour ce clin d’oeil par Usha, psychopraticien en Logique
Emotionnelle qui a fait l’épreuve de la maladie COVID-19 et du coma artificiel. Nous verrons combien c’est tout le corps-esprit qui se mobilise dans une épreuve ultime. Alors qu’il constate ses
stratégies de contrôle et de maitrise, il réalise aussi que ses habitudes de penser selon ce modèle entretient l’angoisse, puis comment en s’appuyant sur ses sensations, au présent, jusqu’à
lâcher prise sur le contrôle, il prend prise sur le sens de la vie. Il abandonne sans s’abandonner, il choisit de suivre le mouvement de vie plutôt que lutter contre la mort.
Réanimons-nous !
Le 3 novembre 2020, à 14h37, j'ai l'impression de renaître. J'ai 45 ans. J'ai passé l’épreuve du Covid, après avoir été plongé dans un coma artificiel, appareillé, pour respirer sans épuiser mon
corps.
Ce jour-là je me représente comme le personnage et l’auteur d’un film d’anima-tion au ralenti, chaque geste que je fais, autonome, est un cadeau. Ce « présent » je le palpe, je sens sa
texture : épaisse, légère, rugueuse. Je respire à nouveau, seul. Je parle avec ma bien-aimée. Je bois de l’eau. Revivre d'air pur, d'amour et d'eau fraiche : la joie d’une
re-découverte !
Quelques jours plus tôt, j’ai été "réanimé", soigné par des femmes et des hommes, éprouvés, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Je leur dis humblement merci…
… J'ai traversé ce ou ces chocs traumatiques, ayant été traversé par eux. Au lieu de m’y arrêter, je m’en suis fait présent. Mon corps a eu du mal à s’en remettre (trois mois d’épreuve) et je
vois en même temps à quel point l’expérience de l’épreuve peut s’avérer bénéfique.
J’ai vu combien mes habitudes mentales de pensées automatiques et comportementales de contrôle, m'ont conduit à exiger, parallèlement à ce que je vivais dans mon corps, de conserver coûte que
coûte la maitrise et combien cette habitude alimentait mon anxiété. J’en ai fait l’expérience en direct live.
Comme en position méta par rapport à moi-même, je me vois penser, de deux manières :
Deux formes de « penser » qui me font voir mon monde intérieur comme dissocié : mon corps, mon monologue intérieur, et moi-même me regardant agir/penser ? C’est encore une représentation !
En quoi la logique émotionnelle me sert dans cette épreuve et dans l’expérience qui s’en suit ?
La logique émotionnelle je ne sais pas exactement comment ça marche dans les tréfonds de mes automatismes biologiques, mais je sais que ça sert à quelque chose !
Par moments pendant l’épreuve, j’ai pu faire attention à la vie biologique qui m’animait, de voir au ralenti mes mouvements émotionnels, par séquences, pendant que j’étais dans l’expérience. Et
ce même si je n’avais pas conscience de toutes les étapes de ce processus !
La pratique de la logique émotionnelle a permis, par bribes, que mon anxiété s’apaise, que mon attention se raccroche à quelque chose de vivant, corporel, au lieu de continuer à croire que je
pouvais gérer ma panique, mon émotion. En acceptant mon impuissance je me suis donné un espace vide, plein de puissance potentielle, un creuset d’espoir où mon corps a pu se consacrer à son
processus d’auto-guérison.
Mettre en mots m’a aidé, pendant, et après le choc traumatique à sur-vivre, en me considérant davantage humain, parce que cherchant à parler vrai : c’est-à-dire parler de mon processus vital à
l’œuvre.
Je me remercie d’avoir fait et de faire déjà tout ceci pour moi, aussi imparfait fut-ce.J'ai été réanimé aux deux sens du terme :
« Quand on pense avec un e on panse toujours avec un a, penser c'est toujours soigner, quand on pense on doit soigner » (disait Bernard Stiegler).
Je suis responsable de ce que je panse (enfin on peut le penser…)
Dans cette épreuve, j’ai appris que je peux ajouter un choix, ici celui de « vibrer » : par ma propre voix fredonnante mon corps vibre, par l’émerveillement face à la beauté du monde
qui m’entoure (les bons soins des soignants, le chant des oiseaux, l’eau, l’air pur) mon esprit se calme, par l’espoir de partages à venir avec ceux que j’aime mon corps s’émeut et s’évade, par
l’acte de penser/écrire/me parler de ce que je vis intérieurement, je m’occupe de moi aussi.
Au-delà de la capacité qu’exerce déjà le corps de s’auto guérir, ce choix minuscule « de me faire vibrer » favorise le rassemblement de ce qui est épars en moi en un corps esprit,
conscient de lui-même, dans sa douleur, dans sa vitalité.
J’estime avoir eu de la chance de vivre cette épreuve et d’y sur-vivre au sens de pouvoir la dire. Telle est la valeur biologique du langage.
Comment on réagit par rapport à l’environnement ?
Et puis, j’apprends aussi que par rapport aux autres, mon environnement, c’est facile de partir. C’est plus difficile de revenir. J’ai fait l’expérience de ma sensibilité au lien et à l’amour de
mon entourage. Réanimé, revenant dans le monde « normal », je me suis senti plusieurs semaines sur une autre planète, mes préoccupations tellement basiques (respirer à nouveau « l’air de rien »)
contrastaient avec les préoccupations des autres qui me semblaient éloignées. L’anxiété de ne pas pouvoir respirer a duré quelques semaines après la sortie d’hôpital.
Et petit à petit, confiant que mon corps était en train de se guérir, mon nombril m’a ennuyé. Petit à petit seulement. J’ai senti que c’était le moment de partager cette expérience, en écrivant,
encore une fois pour mieux me ressaisir, et aussi dans l’espoir peut-être d’aider ne serait-ce qu’une personne à sur-vivre (au sens de retrouver le sens vital) à une autre épreuve, la sienne.
J’extrapole ! Et notre société, de quoi pourrait-t-elle avoir besoin quand l’asphyxie se présente ?
Tant que nous nous racontons que ça va être difficile, douloureux, mortel, ou que nous sommes dans l’incertitude, nous entretenons le stress, personnel et collectif, sans pour autant nous
prémunir du risque, lequel ne dépend pas de nous. Tant que nous alimentons notre moulin à pensées, tant que nous anticipons, tant que nous focalisons sur le problème auquel notre corps a déjà
répondu biologiquement (et continuera à répondre car c’est la fonction même de notre système nerveux) la peur grandit en nous.
Et si penser pouvait devenir panser ? Nous avons besoin de prendre la responsabilité de nous-même sans se laisser confiner dans un mode de pensée, cons damnés à penser sans résonner, à tourner en
rond dans un monde soi-disant rationnel.
Parlons de ce que nous vivons, ré-animons nous, pansons le monde pour faire la différance (avec un a comme écrivait Derrida), c’est à dire à la fois différer un instant la réponse à mon besoin
(et par là faire preuve d’humanité) et aussi différencier ce que je vis (je suis un corps et ses choix - ceux que je fais face à l’adversité) !
Usha Matisson
Pour lire l’intégralité de cet écrit, cliquer ici :
Formée à la logique émotionnelle (L.E.), je me surprends de plus en plus régulièrement à chercher à relier les éléments de ma vie quotidienne et de mon environnement avec les étapes de la
"grille" de lecture du processus émotionnel. Je me vois extraire certaines informations et reconnaitre que la sélection est l'œuvre du filtrage d’informations qui s’effectue
automatiquement.
Cette grille de lecture est donc devenue un filtre supplémentaire grâce auquel je regarde les autres, le monde et moi-même! Telle est la loi de la biologie : nous percevons en fonction
de filtres de représentation, tous orientés vers le maintien de la vie.
Je m’aperçois que mon attention se porte, de manière spontanée, sur certains mots : ils m’apparaissent pertinents, saillants… selon ma propre grille de lecture émotionnelle, bien sûr. Ils
sont en rapport avec l’identité, le besoin d’être en lien avec ses deux polarités : l’appartenance et la différence.
Comment la logique émotionnelle peut-elle m’aider à éclairer les enjeux de territoire dont nous parlent tant les médias ?
En regardant les mots qui m’interpellent : séparatisme, appartenance, protectionnisme, luttes identitaires, frontières, protection, droits nationaux, migrants, libre-circulation, communauté,
union, fédéral, gouvernement cantonal, sécurité, libertés publiques, immunité collective, responsabilité individuelle, se protéger, protéger l'autre. Ceux-là mêmes qui, par ailleurs, servent
à décrire le besoin d’identité à l'œuvre. Car les mots servent à décrire l’existence qui se joue d’abord sans mot, dans le champ émotionnel du vivant, avant la traduction de ce vivant dans le
langage et la pensée.
Ainsi mon esprit tricote, tisse. Des liens se dessinent : l'autre, le domaine de la relation, de la rencontre, ou de la rupture, de la reconnaissance, masqué, ou pas ; domaine de
l'identité, de la lutte ; domaine de la famille, de la tribu et de la cité. Au niveau du discours politique et social se réfléchissent les mêmes mécanismes de singularité, de différence,
d'appartenance. Lire Antonio Damasio, Henri Laborit et Francesco Varela, fut pour moi la révélation de l'extension du biologique, du niveau cellulaire vers le champ du groupe social des
individus, selon un champ de forme de plus en plus ample. Écouter les informations du moment me semble plus audible avec la boussole de la grille de lecture des émotions ! Un repère !
Prennent sens alors, au travers de mon regard "L.E.", les expériences multiples de contrôles d'identité, de formalités de passeports aux douanes, autant d’actions teintées de valeur biologique. Le "corps" social fonctionne avec un système immunitaire, veilleur et sentinelle, en mission de reconnaissance du connu versus l'inconnu ; du familier, pourrais-je dire du national, versus l'étranger, voir l'intrus et même, l'indésirable. L'inconnu, c'est celui appartient à l'ailleurs, le différent, le non-connu, le non-reconnu. Qui pourrait faire danger quand il ne correspond pas au déjà connu, au déjà enregistré comme « bon pour la vie »…
La LE donne à voir, avec humilité combien nos actes sont faits d’habitudes défensives, automatiques et non conscientes, orientées vers la survie de l’être vivant. Habitudes habillées d’explications, de justifications et d’interprétations.
Yassamane Sassanfar psychopraticienne
Comment vous la voulez cette Nouvelle Année ?
Bonne, heureuse, joyeuse, en santé, sans Covid, sans masque sans privation, mais avec embrassades, musées, théâtre et cinéma ? Tout ça à la fois ? Oui, bien sûr !
Voilà ce que nous désirons tous retrouver. Nous savons pourtant que quelque chose devrait changer dans nos habitudes consommatrices pour que le monde change, mais… Mais, nous sommes tellement
attachés à (ou par) nos représentations, nos croyances et nos fictions, tellement accrochés de nos habituelles réponses pour satisfaire notre désir d’existence que nous ne voyons plus que
celles-ci créent naturellement de liens qui enferment ! Ces évidences font partie de nous parce qu’elles sont source de confiance, de certitudes mais aussi d’identité et qu’elles maintiennent une
cohérence à notre monde.
Alors, rien de vraiment nouveau finalement ? Plutôt le connu confortable ? Que l’année soit nouvelle sur le calendrier, OK. Qu’elle nous surprenne en mieux et sous la forme de cadeaux, OK. Mais
qu’elle le soit sous la forme d’une crise, très peu pour nous ! En fait, le rapport à la nouveauté est bien plus difficile qu’il n’y parait. Faire du nouveau avec l’ancien est difficile à
imaginer.
Plutôt que de nous en vouloir d’une telle attitude, de baisser les bras ou de nous distraire en attendant l’effondrement annoncé par beaucoup, nous pourrions commencer par regarder comment la
logique émotionnelle éclaire le rapport à la nouveauté, au neuf et au changement.
Le responsable de cet état de fait en est le système nerveux lui-même. Il organise notre rapport à ce qui nous est extérieur — les autres, les événements —. Via la perception de nos sens, dans un
va-et-vient d’informations sous la forme de sensations et de réactions d’adaptation automatique, notre équilibre homéostatique se maintient dans une cohésion favorable à la vie, à l’origine de
l’autoconservation et de la croissance. En cherchant à prolonger dans le temps et en conscience cet équilibre, nous participons au monde, nous en sommes une partie.
Toute notre organisation cérébrale tend ainsi à réduire au maximum l’écart entre l’intention de garantir un état de satisfaction, voire de plaisir, et le résultat de nos comportements censés
garantir cet état. La jauge, c’est le ressenti émotionnel, le sentiment éprouvé qui fait suite au comportement adopté. Par exemple, vous avez l’habitude d’exprimer vos envies de cadeaux à votre
conjoint pour Noël, persuadé qu’ainsi, vous lui facilitez la tâche et obtenez ce que vous voulez. Mais, celui-ci achète autre chose, persuadé qu’ainsi, il vous fera une surprise et qu’il n’en
aura que plus de mérite à vos yeux. Vous voilà déçu, incompris ! Le décalage entre projection et résultat est en effet à l’origine de ce ressenti de dépit. S’en suivent vos représentations
binaires sur le couple, l’amour ou le partage. Décidément, c’est compliqué de vivre à deux. L’envie vous vient de retrouver des amis sur les réseaux sociaux. Eux vous comprendront…
Pourtant, et c’est là un paradoxe apparent, cette organisation a bel et bien une intention vitale : réduire l’écart entre satisfaction du désir et résultat, c’est assurer l’équilibre ! Oui,
mais assurer l’équilibre réduit la capacité à s’ouvrir à la nouveauté, à la surprise, à l’inhabituel, à l’insolite. Mieux vaut connaitre le processus plutôt qu’en vouloir à l’autre, ou à soi.
Alors, comment faire de cette année une Bonne Année ?
Moins glamour que les traditionnels vœux mais plus juste.
Que 2021 soit l’occasion pour chacun de venir apprendre avec nous le langage de la Vie Émotionnelle !